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Bienvenue sur La Croche - Lutte traditionnelle de la Réunion, Océan Indien


Bienvenue sur le site de la croche, lutte traditionnelle de la Réunion


La croche est la lutte traditionnelle de l'île de La Réunion (département 974 et région d'outre mer française). Elle serait née au moins au XIXe siècle parmi les enfants et adolescents créoles qui souhaitaient se mesurer. Elle se pratiquait sur l'herbe, dans les Hauts, ou sur le sable, en bord de mer.

C'est un sport de combat de préhension (sans frappes) ou parfois un sport de combat mixte (combinant préhension et percussion, comme ce fut décrit par des témoins issus de la communauté d'origine afro-malgache) avec des saisies naturelles sur le corps (pas sur les vêtements) où le but est d'amener le partenaire au sol, de l'immobiliser selon différentes positions et, éventuellement (selon l'âge des pratiquants), d'appliquer une technique (clé articulaire ou étranglement) pour l'obliger à renoncer au combat (verbalement en disant "La paix !" ou en tapant avec le plat de la main).

Très important : c'est une activité qui ne se pratiquait jadis qu'entre camarades; on disait d'ailleurs "Allons jouer la croche". L'esprit de camaraderie est à la base de ce sport. Et sa devise : "Je lutte pour la paix !".

La discipline a été réhabilitée au début des années 2000 par Jérôme Sanchez (instituteur, professeur de lutte), Frédéric Rubio (professeur d'EPS spécialiste des sports de combat, BE 2 et expert auprès de la CONFEJES et de la FILA pour les luttes africaines), le propriétaire d'une salle de sport sur Saint-Paul et quelques passionnés.

Plusieurs associations sportives et culturelles de Croche existent aujourd'hui à la Réunion, trait d’union entre tradition et modernité. Elles ont pour vocation de promouvoir la lutte traditionnelle de la Réunion :

- en la restituant aux nouvelles générations de Réunionnais

- mais aussi en la faisant découvrir au plus grand nombre, au-delà des limites géographiques de l'île (à Maurice, Rodrigues, Madagascar, en France métropolitaine, etc.) 

A bientôt... wink Et comme on dit en créole : "Lé dir ça ? Lé Jist li !". Grâce à la volonté vous surmonterez les difficultés.


Les 5 dernières nouvelles


La croche au Musée de Villèle - par Jeronimo le 29/09/2019 @ 14:05

La croche (en mode traditionnel : le défi dans le rond) et le moring, deux sports identitaires réunionnais, s'étaient donné rendez-vous au Musée de Villèle















Les vidéos de croche
https://youtu.be/r0zVZJElaMs


https://youtu.be/0bvdCSIvtDE


https://youtu.be/sh6Q9uU9Sqo



La vidéo de moring
https://youtu.be/W0HYgNd_fuY


Les résultats du rond :
Sur le mode traditionnel, c'est-à-dire sans catégorie de poids, "open" en anglais, les crocheurs se sont défiés à tour de rôle. Voici l'enchaînement improvisé des combats et les résultats :

* Jonathan Alexis (54,1 kg) bat Maël Robert (41,5kg) aux points 4 à 0.
* Allan Robert (85,2 kg) bat Jonathan Alexis (54,1kg) par étranglement en 0'58''  alors que le score était de 3 à 0.
* Allan Robert (85,2 kg) bat Erwan Giraud (97,1kg) aux points 7 à 1.
* Jerry Moinoufama (72,6 kg) bat Olivier Lebeau (71,6 kg) par étranglement en 1'31'' alors que le score était de 1 à 1.
* Jerry Moinoufama (72,6 kg) bat Dylan Dambreville (64,3 kg) par clé de talon en 1'47'' alors que le score était encore 0 à 0.
* Théo Payet (72,2 kg) et Roland Macoral (63,2 kg) font match nul 2 à 2.
* Théo Payet (72,2 kg) bat Dylan Dambreville (64,3 kg) par clé articulaire en 4'08'' alors que le score était de 2 à 1.
* Olivier Lebeau (71,6 kg) bat Jonathan Alexis (54,1 kg) par étranglement en triangle en 0'29''.
* Jerry Moinoufama (72,6 kg) bat Olivier Lebeau (71,6 kg)par clé de jambe en 1'12'' alors que le score était 1 à 0.
* Allan Robert (85,2 kg) bat Jerry Moinoufama (72,6 kg) aux points 1 à 0.
* Roland Macoral (63,2 kg) bat Jonathan Alexis (54,1kg) par clé de bras en 1'06'' alors que le score était de 2 à 0 (projection de grande amplitude).
* Roland Macoral (63,2 kg) et Théo Payet (72,2 kg) font match nul à nouveau sur le score de 2 à 2. 

Le crocheurs ont ensuite cédé la place aux moringueurs des clubs de Villèle et du Port.

Et la journée s'est terminée sur un pot de l'amitié.

Merci aux clubs participants (L'Etang Saint-Paul de Lino Charlettine, La croche Bois de Nèfles de Jean-Pierre Tarley, Réuion Université Club de Jimmy Mahé et Grapplers Sud de Rémi Chane-To) et aux arbitres et juges de table (Frédéric Rubio, Jean-Pierre Tarley, Jérôme Sanchez et Lino Charlettine, président de la Ligue de Croche qui organisait cette rencontre).

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Prochaine compétition de croche à la fin du mois (de septembre !) - par Jeronimo le 07/09/2019 @ 15:05

A l'occasion de la venue de France Ô, la Ligue de Croche va organiser une compétition au Musée de Villèle le dimanche 29 septembre 2019.

Désolé de vous prévenir à quelques semaines seulement de l'échéance mais nous attendions confirmation de leur venue plusieurs fois reportée.

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Appel à participants - par Jeronimo le 07/09/2019 @ 14:37


Cette saison 2019/2020, la Ligue de Croche va proposer une formation diplômante de "professeur de croche". Le diplôme, reconnu par le Ligue de Croche, permettra d'ouvrir un club de croche.

Cette formation sera assurée par Frédéric Rubio et se déroulera sur trois journées. Elle se conclura par un examen validant ou non les stages lors d'un quatrième dimanche.

Que toutes les personnes intéressées prennent contact avec le président de la Ligue de Croche, Lino Charlettine (lacroche460@gmail.com) et/ou le responsable de la formation, Frédéric Rubio (fredo.rubio@yahoo.fr) en précisant : 
/ nom prénom 
/ date de naissance 
/ club 
/ commune de résidence 
/ sport de combat pratiqué 
/ contacts mail et tel. .

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Les futurs 5èmes Championnats de l'Océan Indien de Croche - par Jeronimo le 07/07/2019 @ 19:51

Les 5èmes Championnats de l'Océan Indien de Croche se dérouleront à l'île Maurice dans la période du 8 mars au 22 mars 2020. La date exacte sera précisée ultérieurement.

Comme lors de la 3ème édition des Championnats de l'Océan Indien, qui s'était déroulée à Madagascar en 2016, le programme de la compétition comportera deux sports :
- Croche
- et Ju-Jitsu
respectivement déclinés en :
- "croche traditionnelle" et "croche bataille"
- "ju-jitsu ne-waza" et "ju-jitsu fighting".

Cette compétition sera organisée par les Mauriciens (plus précisément la Mauritius Ju-Jitsu Federation) en coopération avec la Ligue de Croche de la Réunion. Seront également invités : une délégation malgache et une délégation seychelloise.

Du côté de la délégation réunionnaise, ceux qui peuvent légitimement prétendre à la sélection sont :

- les vainqueurs des 4èmes Championnats de l'océan Indien (janvier 2019) : Eric Rivière (77kg double champion), Wilfrid Sellaye (71kg double champion), Stéphane Chane-Po (65kg double champion), Roland Macoral (59kg) et le jeune Dylan Dambreville (71kg junior)

- et les vainqueurs des 11èmes Champions de la Réunion (juin 2019) : Loïc Bijoux (seniors +de 100kg), Allan Robert (seniors 92kg), Olivier Elisabeth (seniors 84kg), Stéphane Chane-Po (seniors 65kg), Roland Macoral (seniors 59kg), Anna Damour (dames toutes catégories) en croche traditionnelle ainsi que Fabrice Moinache (71kg) en croche bataille sans oublier les jeunes vainqueurs en croche bataille tels que Sylvirio Legay, Mathéo Massonel et Warren Odules.

Au fur et à mesure de l'avancement de l'organisation, nous serons en mesure de répondre aux questions logistiques.

Financièrement, la Ligue de Croche souhaite participer au mieux pour que les athlètes soient pris en charge mais tout va dépendre des choix des politiques concernant les demandes de subventions effectuées auprès de la Région Réunion et du Département de la Réunion. Espérons que les élus seront sensibles à la promotion du sport et du patrimoine culturel réunionnais.

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[Archive] La lutte traditionnelle africaine s'offre ses premiers championnats - par jeronimo le 02/07/2019 @ 08:45

Site internet :       https://jacqver.pagesperso-orange.fr/texte/laluttetradit.htm


La lutte traditionnelle africaine s'offre ses premiers championnats

Phénomène culturel sur le continent noir, la discipline allie sport et mysticisme. Ses combats sont de véritables fêtes. Populaire surtout dans les campagnes, elle manque cruellement de moyens

Le Monde 27/04/1995

NIGER

Les premiers championnats du continent africain de lutte traditionnelle, qui ont commencé à Niamey (Niger) le 21 avril, se terminent vendredi. Méconnue hors des frontières, cette discipline ancestrale est restée très populaire en Afrique. La lutte est le premier sport dans des pays comme le Niger et le Sénégal. . Les combats sont avant tout l'occasion d'une fête. Lors de véritables tournois, où s'affrontent les champions, l'ambiance qui règne dans les tribunes n'empêche pas les rencontres de garder une vraie dimension sportive.. Le mysticisme n'est pas absent de ces corps à corps que se livrent les athlètes. Forces de la nature, les lutteurs, tous issus des campagnes et pour la plupart illettrés, ont de fermes croyances dans les esprits, ceux qui font gagner ou perdre. Les champions deviennent des héros nationaux, comme Mutcha M'Pal en Guinée-Bissau.

Au cœur de Niamey, l'arène de lutte traditionnelle est gardée jour et nuit. Les organisateurs nigériens ne s'inquiètent pas de la sécurité de ces premiers championnats d'Afrique dans la discipline. Il s'agit avant tout d'empêcher que les athlètes ne s'introduisent secrètement dans l'enceinte et ne procèdent sur place à des rituels recommandés par leur marabout. Malgré cette surveillance, il est de notoriété publique que le sable de l'aire de combat regorge déjà d'ossements d'animaux, d'amulettes et de fétiches enterrés là à toutes fins utiles.

L'anecdote prête à sourire, mais la lutte traditionnelle ne peut se comprendre sans cette dimension mystique, Les hommes qui s'affrontent débordent de muscles et de talismans, Les uns et les autres sont nécessaires pour assurer la victoire. Ces colosses peuvent se retrouver anéantis par un mauvais présage ou la crainte d'un sortilège. Récemment un champion nigérien s'est fait battre contre toute attente : lorsqu'il a vu la nuque de son adversaire recouverte d'une mystérieuse poudre, là même où il portait habituellement sa prise favorite, Badamassi, dit "Commando ", s'est troublé et n'a pas osé toucher cette tête envoûtée. " Ces combats, c'est aussi un affrontement à distance entre les marabouts", constate Alassane Soulé, l'entraîneur du Bénin, un des rares à ne pas trop se fier aux forces surnaturelles: "Si les sorciers avaient vraiment un quelconque pouvoir, l'Afrique serait championne du monde dans tous les sports! " Avec ou sans les esprits, la lutte traditionnelle est une plongée au plus profond de la culture africaine .

A Niamey, dans des tribunes chaque jour pleines à craquer, les combats se succèdent au son des tam-tams. Sogolo, le plus célèbre griot du Niger, accompagne le spectacle de sa lancinante mélopée, prodigue des conseils et improvise les louanges des lutteurs. " Tu es plus beau que Dieu ", " tu es né avant ton père ", fredonne-t-il. A la fin du combat, des femmes se précipitent vers le vainqueur et l'essuient démonstrativement avec leur mouchoir. Mais qu'un lutteur démérite et aussitôt des clowns le miment pour faire rire à ses dépens sans que l'intéressé s'en offusque. Les terrassements sont accueillis par des débordements d'enthousiasme du public, L'exultation du vainqueur et la détresse du vaincu sont pareillement exubérantes. Commenté en direct à la radio, largement retransmis à la télévision, ces championnats d'Afrique marquent une volonté de relance. Restée le sport le plus populaire au Niger et au Sénégal, la lutte traditionnelle avait tendance à dépérir ailleurs. L'accès à l'indépendance des pays qui la pratiquaient l'avait paradoxalement marginalisée un peu plus.

Venue de la brousse, développée par des paysans illettrés, fortement teintée de superstition, cette discipline paraissait indigne des États modernes que les nouveaux responsables entendaient mettre en place. Dès lors, la pratique se cantonnait aux régions les plus isolées. " Nous avons importé des sports d'Europe comme le football et nous avons négligé celui qui était le plus authentiquement africain ", regrette Nicolas Nlong, juge arbitre camerounais et un des artisans du renouveau. Un Français, Frédéric Rubio, a également largement contribué à cette reconquête. Spécialiste de la discipline, il parcourt depuis cinq ans l'Afrique en VRP de la lutte, forme des directeurs techniques nationaux, des arbitres et tente d'établir des structures solides dans tous les pays. " Turcs, Iraniens, Arméniens s'appuient sur leur pratique traditionnelle pour s'imposer en lutte olympique, explique-t-il. Il est cependant important que l'on garde l'environnement culturel afin que les Africains continuent à se reconnaître dans ce sport. "

En taxi-brousse

Au sein d'une commission, Frédéric Rubio a également participé à l'élaboration de règles communes, les techniques de lutte variant jusqu'alors avec les ethnies. Dans le cadre de la coopération française, il assure surtout le financement des projets. "Pour nous, arriver sur place est déjà une victoire. Rien que pour ça, nous mériterions une médaille ", raconte Frédéric Kuma, directeur technique national de l'équipe du Togo. Lui et ses cinq lutteurs ont mis quarante-huit heures pour venir de Lomé en bus et en taxi-brousse. Ils auraient pu ne pas partir, le gouvernement ayant refusé de financer l'expédition. Finalement, le directeur des sports a accordé un prêt de 2 400 francs sur sa cassette personnelle. Le viatique a payé un équipement sommaire et un aller simple. Frédéric Kuma attend fébrilement l'argent de la mission française pour assurer le retour et rembourser son patron. Partie dans les mêmes conditions, la délégation du Tchad n'a même pas réussi à arriver à temps pour les compétitions. Au bout du compte, d'aléas en bisbilles, seuls dix des trente pays conviés ont réussi à faire le déplacement de Niamey. Il n'empêche que la deuxième édition est déjà programmée en décembre 1996, à Abidjan ou Cotonou. La lutte traditionnelle sera également sport de démonstration aux Jeux d'Afrique en septembre à Hararé (Zimbabwe). Un regain de notoriété continental qui ne satisfait pas encore pleinement le Sénégalais Cheikh Thiaré, vice-président de la Confédération africaine de lutte associée: " Pourquoi la lutte traditionnelle africaine ne deviendrait-elle pas une discipline olympique? Après tout, le judo lui aussi a d'abord été un sport régional. "

Benoît Hopquin


Mutcha M'Pal, une légende qu'on raconte aux enfants de Guinée-Bissau

Mutcha M'Pal ne se souvient pas de son premier combat. Aussi loin qu'il remonte dans ses souvenirs, il y voit des corps-à-corps acharnés avec les autres enfants de Campada, son village natal, et des adversaires qui mordent la poussière. Pour un Balante, - c'est le nom d'une ethnie du nord de la Guinée-Bissau-, lutter va de soi. Des joutes ludiques accompagnent chaque événement de la vie, naissance, récolte, mariage, enterrement. La règle en est simple: faire toucher la nuque l'adversaire au sol. Elle génère un art compliqué, exigeant puissance et souplesse. Le jeune Mutcha, né, selon son passeport, vers 1973, possédait les deux. Très vite, il s'est aperçu qu'il était le plus fort. Son 1,90 mètre et ses quelque cent kilos imposaient respect. Et son agilité lui permettait de terrasser de plus grands et de plus lourds lui. Malgré sa corpulence, son apparence ventripotente, il parvenait à se ramasser sous son adversaire et à le porter dans les airs. Il avait surtout ce don inné de deviner l'autre dès la première prise de contact, d'anticiper ses actions pour mieux le dominer. Mutcha M'Pal n'a jamais appris à lire et à écrire, mais a toujours su lutter.

Dès lors, il n'a eu de cesse d'aller plus loin défier des adversaires à sa mesure. Qu'une cérémonie soit annoncée quelque part, et le jeune homme faisait ses préparatifs. Sa mère, Fasenda, s'enfermait de longues heures dans la case familiale, répandait le vin au pied des fétiches, et suppliait les esprits de donner la victoire à son fils. Le marabout et les anciens se rendaient sous l'arbre sacré et dispensaient offrandes et incantations. Mutcha M'Pal se mettait alors en route, couvert d'amulettes et de peintures. A pied, accompagné d'autres jeunes gens, il parcourait des dizaines de kilomètres, chantant, dansant tout le long du chemin. La joyeuse troupe annonçait son entrée dans les villages au son d'une corne. Elle restait là deux jours à s'amuser et à se battre. Mutcha revenait toujours en vainqueur chez sa mère.

Sa réputation s'étendit à toute la région de l'Oio. Ses succès, son arrogance démonstrative, ses chorégraphies provocatrices, sa manière de ruer comme un animal qui va charger, plaisaient au public et faisaient peur à ceux qui devaient l'affronter. Seuls des esprits pouvaient le battre. Une année, il tomba gravement malade. Persuadé qu'un adversaire lui avait jeté un sort, plutôt que d'appeler un médecin, il se fit exorciser. Le marabout lui confia un pendentif, une dent de cochon, afin d'écarter les sortilèges. Il ne le quittera plus. Pour plus de sûreté, il déménagea et s'installa loin des influences néfastes, dans la petite ville de Bissora.

En 1988, à quinze ans, il remportait son premier titre national de lutte, puis un nouveau chaque année. Il devint un des personnages les plus célèbres du pays. Ses combats attiraient des foules de plus en plus nombreuses. Jamais il n'accepta d'argent en cadeau. Un Balante ne le ferait pas. Des pères enthousiastes lui proposèrent bien leurs filles en mariage, mais lui préférait choisir seul sa femme: à ce jour, il en a quatre, qui lui ont donné cinq enfants. L'aîné, Quintinou (" petit jeudi ", en créole portugais), a huit ans et se bat bien." Il sera aussi bon que moi ", pense le père. Après chaque tournoi, Mutcha M'Pal revient près de sa famille à Bissora, s'occupe de ses deux rizières et cultive également un peu de blé, de maïs, d'arachide et de haricots.

Argent de poche 

Sa notoriété dépassa bientôt les frontières. En 1990, on vint le chercher dans ses champs. Il prit l'avion pour Abidjan, et termina deuxième de la compétition, derrière un Sénégalais. L'arbitre avait sifflé le début du combat alors qu'il procédait à ses rituels d'avant-match. Il fut battu un peu par surprise. L'année suivante, il se classa troisième d'un tournoi à Abidjan, en Côte-d'Ivoire. Un autre mauvais souvenir: en demi-finale, il fractura le bras de son adversaire nigérien, en deux endroits, et fut disqualifié malgré sa victoire. Alberto Pereira, le conseiller technique de Guinée-Bissau, et un Français, Frédéric Rubio, lui enseignèrent les rudiments de la lutte libre olympique, très proche de la technique balante. En 1993, il obtint une médaille d'or à Dakar. Il brilla encore au Caire, en 1994. La même année, aux Jeux de la francophonie à Paris, il termina cinquième. Il visita la capitale française, et ne trouva pas la chose aisée. Avec ses économies, et les 900 francs d'argent de poche qui étaient alloués à chaque participant, il se rendit dans un magasin Tati et acheta des chaussures et des sacs à main pour ses femmes. En mars 1995, il fut appelé dans le cadre du stage préparatoire aux premiers championnats d'Afrique de lutte traditionnelle. Deux jours après le début, il partit chercher un ami dans la brousse. 'Celui-ci avait perdu son fils, et Mutcha resta avec lui pour le consoler. Il disparut trois semaines sans donner de nouvelles, pour ne réapparaître que la veille du départ. A vrai dire, il n'aime guère s'entrainer. Sa carrière risque forcément de s'en ressentir. On lui prédit une retraite précoce. Alors, il retournera combattre dans sa région. Chez les Balantes, il est déjà une légende qu'on raconte aux enfants. Mutcha M'Pal, le roi des lutteurs, qui gagnait au-delà des mers.

Benoît Hopquin

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